Le Piège

Tourist Trap Film d’horreur américain (1979) de David Schmoeller, avec Chuck Connors, Jocelyn Jones, Robin Sherwood, Tanya Roberts et Jon Van Ness – 1h30

En panne aux abords d’un petit parc touristique désert, une bande de jeune voyageurs sont accueillis par Slauson, propriétaire des lieux. Tandis que ce dernier part chercher de l’aide, les touristes visitent son musée de cire dont les mannequins semblent prendre vie, animés de bien mauvaises intentions…

Chez les aficionados de l’horreur, Le Piège jouit d’une certaine réputation. Surtout depuis que Stephen King l’a plébiscité dans son essai Anatomie de l’horreur. Pour lui, c’est l’exemple type de la petite pépite félicitant le spectateur curieux de l’avoir miraculeusement déniché en double-programme d’un drive-in, accolé à un film plus fortuné et moins bon. Son réalisateur David Schmoeller est à l’image de son film : il ne figure pas parmi les grands noms du genre, mais sa filmographie contient assez de travaux intéressants pour qu’il persiste dans les mémoires cinéphiles.

Etudiant dans une école de cinéma d’Austin, à une époque où certains de ses camarades de classe font leurs armes sur un petit film qui s’appelle Massacre à la tronçonneuse, David Schmoeller finit ses études avec le court-métrage The Spider Will Kill You. Avec l’aide de J. Larry Carroll, monteur sur le film de Tobe Hooper, il développe le scénario d’une version longue de ce coup d’essai, qu’il envoie à divers producteurs de films d’horreur. La plupart veulent refiler le script à John Carpenter, mais c’est finalement Charles Band qui choppe le projet, acceptant que Schmoeller le réalise, marquant le début d’une longue collaboration. Les deux hommes travailleront de nouveau ensemble sur Puppet Master (1989), coup d’envoi d’une longue série de films pour Band, et Fou à tuer (1986), marqué par la collaboration houleuse avec l’incontrôlable Klaus Kinski, qui traumatisa tant Schmoeller que ce dernier consacrera des années plus tard un court-métrage documentaire sur le film intitulé Please Kill Mr Kinski !

Le brave Slauson (Chuck Connors), comme dans la chanson de Christophe, s’entend un peu trop bien avec ses marionnettes…

Avec un budget de 800 000 dollars, dont 100 000 iront directement dans la poche du compositeur Pino Donaggio dont le score atypique déplut fortement aux producteurs, Le Piège est tourné en 24 jours, sous des nuages de cocaïne paraît-il. L’équipe est donc composée de petites mains de Massacre à la tronçonneuse (outre Carroll, le décorateur Robert A. Burns) et de futurs réalisateurs et professionnels confirmés : la maquilleuse Ve Neill sera plus tard multi-oscarisée, l’assistant réalisateur Ron Underwood réalisera Tremors et le photographe de plateau Robert Harmon, Hitcher. Côté casting, Chuck Connors, ancienne gloire du baseball reconverti dans le western, remplace Jack Palance initialement envisagé et souhaite se renouveler dans l’horreur en devenant un nouveau Boris Karloff. Face à lui, trois jeunes actrices – dont Tanya Roberts, future James Bond Girl dans Dangereusement vôtre – jouent les nymphettes mais refusent de se dénuder pour la caméra quand Schmoeller, embarrassé mais sous la pression de ses producteurs, le leur demande timidement. On devra se contenter de ce que laisse entrevoir le tissu – mince quand même – qu’elles portent, au grand dam du distributeur Irwin Yablans qui préférera concentrer ses efforts sur la sortie d’un autre titre de son catalogue, Halloween. Une négligence qui fera du Piège un échec, avant que les diffusions télé outre-Atlantique ne redorent son blason et en fassent donc un petit film culte.

Avant de continuer, je propose qu’on en reste au titre original de Tourist Trap, plus percutant que sa traduction française qui n’en reprend pas le sens double (en même temps, « L’Attrape nigauds », ça n’aurait pas été très vendeur non plus). L’affiche de Tourist Trap, donc, nous avertit : « Chaque année, des jeunes gens disparaissent ! ». C’est vrai, même que dans Tourist Trap ils disparaissent très vite : le film n’a pas commencé depuis trois minutes qu’on assiste déjà au meurtre de l’un d’eux ! C’est à peine si on connaît le nom de ce pauvre gars qu’on voit longuement hurler à la mort, dans une pièce habitée par des mannequins goguenards, animés par la même mystérieuse force qui fait soudainement voltiger un tuyau qui transperce notre victime (RIP Woody, que Dieu ait ton âme et tes répliques). La brutalité de la scène, sa saturation sonore, son montage énervé, laisse confus (mais qu’est-ce qui a tué Woody exactement ?) mais est idéale pour chopper immédiatement l’attention du spectateur de drive-in, et bizarrement, Tourist Trap parvient à ne pas la relâcher.

Eileen (Robin Sherwood) découvre qu’elle n’est pas la seule jolie poupée du coin.

Pourtant, on retombe très vite dans la routine du genre : dès la scène suivante, les trois copines de Woody vont innocemment se baigner dans le lac, moment que choisit Slauson pour faire son apparition et raconter que, depuis l’ouverture de cette maudite autoroute, le business familial ne marche pas fort, blablabla. Le reste est donc un mix entre Massacre à la tronçonneuse, Psychose et L’Homme au masque de cire (dont le remake de 2005, La Maison de cire, était plutôt une relecture de Tourist Trap), respectant scrupuleusement les codes jusque dans ses retournements de situation convenus. Et pourtant le film reste captivant. Cela tient à son ambiance morbide, extrêmement malaisante, héritée des premiers Tobe Hooper (on pense aussi au Crocodile de la mort) que David Schmoeller laisse adroitement planer sur l’ensemble du film. Cela tient aussi à un méchant aussi pathétique qu’effrayant, surnommé non pas Leather mais Plasticface sur le plateau, affublé de pouvoirs télékinésiques qu’on ne nous explique pas et pour cause : ce sont les producteurs qui ont eu cette idée sur le tournage pour trouver un prétexte aux mouvements des mannequins. Mais même cette trouvaille de dernière minute, qui se ressent comme telle, participe à l’étrangeté du film. Et puis il y a surtout ces mannequins : la caméra s’attarde sur leurs visages troublants ne demandant qu’à prendre vie, ils peuplent les bords du cadre dont le spectateur angoissé scrute chaque recoin pour débusquer le moindre mouvement.

La peur au cinéma tient donc parfois à peu de choses et c’est à ce peu de choses que s’est accroché David Schmoeller pour maintenir son Tourist Trap dans les mémoires. Aussi, nous lui laissons les derniers mots, ceux avec lesquels il répondait à Mad Movies (n° 174) pour tenter de définir modestement sa contribution à l’histoire du cinéma fantastique : « Il y a quelques semaines, Tourist Trap est passé sur une chaîne du câble, et mes étudiants l’ont vu. Un collègue professeur m’a dit l’avoir regardé aussi, parce qu’il l’avait vu à l’époque et avait été terrifié. Et aujourd’hui, il l’est toujours ! Mes étudiants, eux, ont trouvé le film distrayant. Les choses ont changé… Mais ça fait toujours plaisir de constater que mes films provoquent encore aujourd’hui des réactions. C’est tout ce que je peux dire… »

BASTIEN MARIE

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