Avatar Remastered

Film de science-fiction américain (2009/2022) de James Cameron avec Sam Worthington, Zoe Saldana, Sigourney Weaver, Stephen Lang, Joel Moore, Michelle Rodriguez – 2h42.

Jake Sully, marine cloué dans un fauteuil roulant, embarque pour la planète Pandora prendre la place de son jumeau décédé au sein du programme « Avatar ». Via des corps artificiels contrôlables à distance, les scientifiques peuvent alors mener des expéditions dans la jungle mais surtout, en empruntant leur apparence, entrer en contact avec les Na’vis, peuple autochtone de Pandora. Alors que Jake rencontre Neytiri, il se retrouve vite lié à sa tribu comme aucun homme avant lui. Pris entre son passé militaire et son initiation nav’i, Jake Sully va devoir faire un choix qui scellera l’avenir de Pandora…

Vous connaissez très certainement l’histoire… Et pour cause, Avatar est aujourd’hui l’un des films les plus vus au monde, James Cameron, homme de records s’il en est, battant les scores déjà incroyables établis par son propre Titanic dix ans plus tôt. Avec cette flamboyante fresque historique, le cinéaste dressait alors un bilan du XXe siècle, faisant de sa tragédie inaugurale à la fois un spectacle grisant de la modernité industrielle à l’œuvre pour, dans sa deuxième partie, en montrer le naufrage, l’horreur d’un drame humain révélant les faiblesses d’une société restée, en dépit de ses grands principes, farouchement inégalitaire. Avec Avatar, James Cameron ambitionne cette fois-ci de faire entrer le cinéma dans le XIXème siècle, puisant alors dans deux héritages avec d’un côté, le pulp et sa puissance exotique, et de l’autre, les fondements génocidaires du glorieux empire américain…

Savoir se reconnecter aux ancêtres, c’est important et c’est même nécessaire…

Dans la continuité de Titanic, Avatar, plus qu’un blockbuster supplémentaire, s’impose davantage tel une grande superproduction comme Hollywood n’en fait plus, dans la lignée des DeMille, Lean et autre Fleming. Si le film s’inscrit clairement dans la science-fiction, c’est que Cameron a bien compris, faut dire aussi qu’il en est l’un des artisans dévoués, que le genre n’est plus l’unique chasse gardée des geeks mais s’est au contraire imposé comme l’un des plus populaires mais aussi des plus pertinents, l’ère industrielle ayant rendu notre avenir si difficile à anticiper, pour le meilleur et pour le pire. Probablement échaudés par la popularité d’Avatar qui pouvait donner l’impression qu’on leur volait leur jouet, nombre de nerds se sont d’ailleurs rangés parmi les haters qui pullulent sur les internets. Il faut croire qu’il est difficile de remplir une coupe déjà pleine… L’avenir, terrain de jeu privilégié de la science-fiction, étant incertain mais les erreurs ayant une fâcheuse tendance à se répéter, Cameron n’hésite pas à lier sa colonisation spatiale à une autre, assumant pleinement ses emprunts au mythe de Pocahontas ou à Danse avec les loups (est-ce un hasard si Jake évoque la danse face à deux animaux sauvages qui finiront malgré tout par être dressés ?). Mais là encore, beaucoup n’ont préféré voir ici qu’une écriture paresseuse pour une histoire qui, après tout déjà racontée chez Disney, n’aurait du coup plus rien à nous apprendre… Venant de certains qui vantent par ailleurs l’approche campbelienne d’un George Lucas ou classent sans sourciller ses emprunts à La forteresse cachée au rayon « inspiration et hommage », on peut trouver ça cocasse…

Aussi, Avatar s’est vite retrouvé parmi les « white savior movies », ces films mettant à l’honneur un homme blanc (cis va sans dire) venant régler les problèmes pour une minorité parmi lesquels trône évidemment Danse avec les loups. Effectivement, le parcours de Jake Sully coche bien les cases, Neytiri faisant la michetonneuse au passage quand l’opportunité se présente d’une chevauchée de Toruk Makto ! Mais, si on aurait du mal à voir dans le papa de Sarah Connor et de Rose DeWitt Bukater le plus terrible des patriarches, débuter de l’archétype du mâle occidentale ne ferait-il pas même justement parti du dessein de Cameron et de l’ambition de son film passage ? On pourrait aussi dire que le cinéaste, partisan d’une révolution non-violente, préfère accompagner son spectateur, partant alors de l’identifiant de référence pour tenter de l’emmener ailleurs. En attendant de voir comment The Way of Water s’ouvrira à ses autres personnages…

« I see You »… Parce que dans Avatar, « aimer » c’est « voir »…

Pour ce qui est d’accompagner son spectateur, on notera d’ailleurs que, pour un scénar de merde, que ce soit aussi bien pour l’univers que les personnages ou les enjeux, l’exposition de ce premier Avatar est quand même d’une efficacité redoutable ! Ainsi, le film nous fait passer en toute fluidité d’un réveil spatial et un univers marine particulièrement familier à l’exotisme de Pandora, en total identification avec le héros, le docteur Augustine et le colonel Quarrich apparaissant comme des figures badass nous accompagnant tels des parents pour nos premiers pas. Une opposition de personnages que l’on retrouvera chez Terrence Malick par la voie de la nature et celle de la grâce (!) et que l’on retrouvait via le duel entre Barnes et Elias dans le Platoon d’Oliver Stone. On ne sera d’ailleurs pas surpris de compter ce dernier parmi les admirateurs d’Avatar, Cameron étant encore visiblement nourri de l’imagerie du Viêtnam, n’hésitant pas à détourner la symbolique du 11 septembre au passage, et faisant de l’impérialisme américain et de son capitalisme cataclysmique le mal absolu de son récit heureusement pour nous science fictionnel… Cette opposition participe aux paradoxes du film, qui sont ceux de Cameron lui-même, à la fois militaire et artiste, businessman et scientifique. Mais du coup, on aura évidemment du mal à ne voir dans cette nouvelle ressortie qu’une basse manœuvre commerciale (permettant quand même à un film sorti y’a treize ans de redevenir number one, approchant les 3milliards de dollars au box office !)…

Et oui, il n’aura échappé à personne qu’en ce mois de septembre 2022, à quelques mois de l’arrivée du second volet, Avatar faisait son retour sur les écrans, rappelant à la fois que sa forme n’avait accusé que bien peu de concurrence tandis que son fond, n’en déplaise à certains, n’avait rien perdu de sa pertinence. Le message écologique de James Cameron, que l’on peut peut-être trouver simpliste mais qui est tout sauf déconnecté, invite à des changements de paradigme là où, chez Marvel dix ans plus tard, le jardinage punitif ne servait qu’à donner un semblant de fond à leur grand méchant. Et pour la forme, c’est royal au bar, le film sortant en 4k HDR/HFR avec ou sans sa légendaire 3D ! Bon, si cette config a de quoi ravir les nostalgiques de Bertrand Renard, il faut surtout retenir qu’il s’agit bien là des conditions optimales pour voir Avatar et profiter pleinement de la mise en scène immersive, d’une précision et d’un réalisme maniaque de Cameron et de la profusion de détails offerte par Pandora, rendant chaque séquence plus incroyable que la précédente. Le HDR (High Dynamic Range), réétalonnant le film pour davantage de contraste et de luminosité, rend les paysages aussi bien que les peaux des Na’vis toujours plus chatoyants et permet de compenser encore davantage avec le filtre des lunettes 3D tandis que le HFR (High Frame Rate) est savamment dosé pour éviter ce dérangeant effet de défilement, perceptible malgré tout sur quelques plans, tout en permettant de coller au mieux à l’action. Sans surprise, James Cameron avait d’ailleurs déjà fait le coup avec la ressortie de Terminator 2 en 3D, le film n’a pas à rougir de ses années, bien au contraire, et s’impose assurément comme le plus spectaculaire à voir sur un écran en ce moment.

Notre petit « Dernier Film avant la fin des salles » consacré à cette flamboyante ressortie…

Attention spoiler ! Ouais, cette version contient quelques petites surprises déjà largement éventé sur la toile mais bon…

Et oui, si James Cameron a déjà pu sortir deux versions longues différentes, pour une première ressortie d’une part et le BluRay de l’autre, il revient ici au montage salle initiale mais se permet néanmoins un petit ajout, probablement shooté lors du tournage des suites. Ainsi, alors que le personnage campé par le savoureux Giovanni Ribisi, Selfridge, se retrouve finalement forcé de quitter Pandora sous la surveillance des Na’vis, il n’avait à l’origine droit qu’à un regard noir de Jake mais doit cette fois-ci faire face à une menace au schlass, toutes dents dehors, de Neytiri. Le rond de cuir, jupitérien à souhait, y va alors de sa petite menace provocatrice mais annonçant une suite de toute façon logique… Bon, il faut reconnaître que l’ajout est assez anecdotique et que les personnes qui n’auraient pas revu Avatar depuis 2009 risquent même de ne pas le remarquer. Cela n’empêche pas les internautes de supputer sur l’importance à venir de Parker Selfridge…

Et l’autre surprise de cette version, c’est évident le cadeau, callé au milieu du générique et présentant une séquence aquatique absolument époustouflante d’Avatar : The Way of Water. En plus d’en apprendre un peu sur les Mektayinas et leurs divergences évolutionnaires vis-à-vis des Na’vis que l’on connaissait déjà, ces images permettent surtout de confirmer ce dont on doutait peu : l’effet de sidération d’Avatar sera bien de nouveau au rendez-vous. C’est dit dans ses plans d’intro et de conclusion, ça prend sens quand on découvre la portée du verbe « voir » dans la langue Na’vi, il suffit de se servir de ses yeux. Ca s’appelle le cinéma.

CLÉMENT MARIE

Blanche ? Noire ? La seule petite sirène qu’on attend est bleue…
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