The Whale

Mélodrame américain (2022) de Darren Aronofsky, avec Brendan Fraser, Hong Chau, Sadie Sink, Ty Simpkins et Samantha Morton – 1h57

Un professeur d’anglais reclus, souffrant d’obésité sévère, tente de renouer avec sa fille adolescente, dont il s’est séparé, pour une dernière chance de rédemption…

N’ayant pas tourné depuis cinq ans et son Mother ! qui avait énervé son monde, Darren Aronofsky nous refait le coup de The Wrestler (2008) avec ce nouvel opus presque homonyme : le récit d’un marginal, incarné par un acteur oublié, cherchant une rédemption auprès de sa fille adolescente délaissée. Produit par le studio en pleine hype A24, la machine promotionnelle de The Whale est si bien rodée qu’elle nous rend instantanément suspicieux. Le récit de l’incroyable come-back de Brendan Fraser, noyé dans ses propres larmes de la standing ovation au festival de Venise à l’obtention de l’Oscar du meilleur acteur, et le « bouleversant » n’appartenant à aucun critique écrit en plus gros que le titre sur l’affiche sont autant de façon d’aiguiser le couteau qu’on aura sous la gorge durant la projection à l’issue de laquelle on aura intérêt à avoir les yeux humides si on ne veut pas passer pour un psychopathe insensible. A l’issue de ma séance, j’ai trouvé The Whale effectivement bouleversifiant et constaté avec satisfaction qu’Aronofsky avait enfin trouvé un personnage faisant le poids de la subtilité de son cinéma.

Comme à l’habitude du réalisateur, The Whale est un bulldozer cinématographique détruisant tout sur son passage avec ses affèteries de cinéma indépendant (ici le 1.33 signifiant le confinement de son personnage qui n’en paraît que plus gros) et ses lourdes métaphores bibliques et culturelles assénées par un scénario qui, sans elles, révélerait sa pauvreté. Le tout exécuté avec une conviction et un sens du mélodrame ne souffrant aucune dérision. Ainsi, il n’y a pas de quoi rire à la première apparition grotesque de Charlie, se masturbant devant un porno gay avant de manquer de succomber à une attaque cardiaque, ni à sa dernière dans un dénouement que je ne vous dévoilerai pas mais qui ressemble à de l’auto-parodie. Par ailleurs, il n’y a pas lieu de douter des intentions des auteurs et de suspecter un quelconque sensationnalisme de leur part quand, par exemple, ils filment leur protagoniste en contre-plongée avec un crescendo musical la première fois qu’il se dresse sur son déambulateur. La preuve, c’est que The Whale est un film dédié tout entier à l’empathie et la bonté de l’âme humaine, et quiconque en douterait ou ne serait pas pris par l’émotion du film serait comme les élèves de Charlie, suivant ses cours en distanciel, désirant savoir ce qui se cache derrière son écran noir avant d’être répugné par ce qui s’y affiche.

Charlie (Brendan Fraser) nous met au défi : « Viens un peu par ici me dire que La Momie c’était pas ouf ! »

Le voyeurisme est-il donc présent dans le regard du spectateur ou dans ce film axé sur la performance de son acteur et sur le réalisme bluffant de son maquillage, tous deux justement récompensés aux Oscars ? Difficile à dire, surtout que The Whale ne s’extirpe jamais de sa propre ambivalence entre sa portée allégorique et la vérité recherchée dans la condition de son personnage. Même si je tire à boulets rouges sur le film, je dois avouer que je l’ai tout de même apprécié. Déjà, je l’ai vu, lors d’une journée placée sous le signe de la joie de vivre, juste après The Son de Florian Zeller, si mauvais qu’Aronofsky ne pouvait que paraître inspiré en comparaison. Puis j’ai apprécié ce que The Whale avait de plus artificiel, en particulier son côté théâtre filmé ; cela le place dans une mécanique qui aide à faire avaler sa grandiloquence et ses facilités scénaristiques. Enfin, il y a le capital sympathie indéniable de Brendan Fraser. Il n’a jamais été qu’un acteur acceptable de films sympathiques et une guest star mémorable de Scrubs, mais sa traversée du désert n’en était pas moins triste qu’une autre. L’inflexible optimisme de son personnage lui va comme un gant, tout comme le fat-suit qu’il se coltine bravement comme son personnage se traîne sa pénitence. L’image de l’acteur cloîtré entre les quatre murs de son appartement glauque, très bien éclairé par Matthew Libatique, fait que The Whale devrait au moins être mémorable.

BASTIEN MARIE


Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s