Les Cadors

Comédie fraternelle française (2022) de Julien Guetta, avec Jean-Paul Rouve, Grégoire Ludig, Marie Gillain, Michel Blanc et Aurore Broutin – 1h25

Aux funérailles de son père, Antoine, docker à Cherbourg marié et père de deux enfants, voit réapparaître dans sa vie apparemment rangée Christian, son frère incontrôlable. Des retrouvailles d’autant plus mouvementées qu’ils vont bientôt se retrouver une nouvelle fois dans le pétrin…

Avec son premier film Roulez jeunesse, Julien Guetta se distinguait sans mal dans le paysage de la comédie française en allant vers une émotion inattendue. Et son second opus Les Cadors, tourné à Cherbourg, non loin du fief des Super Marie, semblait prendre la même direction rien qu’à en voir la bande-annonce. Non seulement parce qu’on y voit Grégoire Ludig y verser sa larmichette, mais surtout parce qu’elle laisse entendre la chanson Il mio refugio de Richard Cocciante, composée pour le sublime Tandem de Patrice Leconte. Une filiation qui, si elle se confirmait en salle, suffirait de faire des Cadors une comédie mélancolique de haute volée.

Et il me faut déjà mesurer mon enthousiasme : j’ai beau avoir trouvé Les Cadors pas mal du tout, je dois aussi avouer être indulgent à son égard. Ce n’est pas par chauvinisme normand, même si ça fait toujours du bien de voir un film français s’aventurer au-delà du périph parisien. C’est pour saluer le travail de Julien Guetta poursuivant son sillon, affirmant une personnalité décidément attachante, même s’il le fait dans un second effort moins abouti que le premier. C’est surtout le scénario qui pèche ici, capitalisant un peu trop sur la redondance de ses jolies petites idées (comme le coup de la craie, par exemple) ou sur ses flash-backs attendus pour appuyer une émotion qui se serait mieux épanouie dans un récit plus spontané. Aussi, le film aurait pu jouer sur son inversement des rôles : alors qu’on aurait pu s’attendre à ce que les ennuis arrivent avec l’incorrigible Christian, c’est en fait le posé Antoine qui, dès le départ, se met dans la mouise. Le film aurait pu jouer la surprise sur cet élément et se montrer ainsi plus imprévisible, plutôt que de dérouler ce récit trop ordonné pour être vrai.

Christian (Jean-Paul Rouve) et Antoine (Grégoire Ludig) passent Jean-Pierre (Michel Blanc) au test du couteau : comment ça pourrait mal tourner ?

Toutefois, le cœur gros comme ça des Cadors bat bel et bien et l’émotion finit par nous gagner. Pas seulement grâce au morceau de Cocciante rejoué dans le film, sans oublier celui que Catherine Ringer a composé spécialement pour lui, mais aussi et surtout grâce aux acteurs qui s’y donnent à cœur joie. Crédité à l’écriture des dialogues, sans doute pour être dans ce film aussi à son aise que l’était Eric Judor dans Roulez jeunesse, Jean-Paul Rouve campe un parfait Gary King cherbourgeois, avec son tatouage passé de Renaud sur l’épaule, prêt à distribuer les torgnoles aux détracteurs du chanteur. Face à lui, Grégoire Ludig ne recule pas face à l’émotion de son personnage acculé, tandis que Michel Blanc renoue avec son numéro de mafieux bien de chez nous rodé dans Un petit boulot. Malgré ses scories, on peut donc s’y laisser prendre sans problème, et on continuera de surveiller les prochaines livraisons de Julien Guetta.

BASTIEN MARIE

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